Un pull de Noël qui gratte : pourquoi, et que faire

Un pull gratte surtout parce que des extrémités de fibres épaisses appuient sur la peau, en laine comme en acrylique. Plus rarement, une teinture déclenche un eczéma de contact : voici comment distinguer les deux, et quoi faire dans chaque cas.

Par Hélène Castaing9 min de lecture

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Gros plan sur une maille de laine rouge d'où dépassent de fines fibres duveteuses
Photographie de Engin Akyurt, Pexels, Licence Pexels.

Un pull qui gratte ne signe presque jamais une allergie à la laine : la sensation vient d’abord des extrémités de fibres trop épaisses qui dépassent de la maille et appuient sur la peau, que ces fibres soient de la laine, de l’acrylique ou du polyester. Plus rarement, une teinture ou un produit resté dans le vêtement provoque un véritable eczéma de contact, qui ne se traite pas du tout de la même façon. Savoir laquelle des deux situations vous concerne décide de la suite : garder le pull avec une couche de coton dessous, choisir la prochaine fois une fibre plus fine, ou consulter un médecin.

Pourquoi un pull gratte : le bout des fibres, pas la matière

La démangeaison d’un pull est d’abord une affaire de mécanique. La fiche Wool & Skin de l’IWTO, l’organisation internationale de la filière laine, décrit le mécanisme de cette façon : lorsque les extrémités des fibres d’un tissu pressent contre la peau, elles déclenchent des récepteurs nerveux, et si le cerveau reçoit suffisamment de ces signaux venus d’une même zone, il les interprète comme un picotement. Plus une fibre est épaisse et raide, moins elle plie au contact de la peau, et plus elle pique.

Le point décisif tient en une phrase de cette même fiche : « Skin irritation can be caused as readily by coarse synthetic fibres as natural ones. » Autrement dit, un pull de Noël en acrylique à fibres grossières peut gratter autant qu’un pull en grosse laine, et un pull en laine très fine peut ne pas gratter du tout. Gardez en tête que l’IWTO défend les intérêts de la laine : sa fiche s’appuie sur des revues médicales publiées, mais elle reste la position d’une filière, que les pages de l’Assurance Maladie et des Hospices civils de Lyon permettent de recouper.

Deux facteurs aggravent la sensation sans en être la cause. Le frottement, d’abord : les Hospices civils de Lyon rangent, dans leur fiche santé sur l’eczéma de contact, la température, l’humidité et les frottements parmi les facteurs qui favorisent l’irritation. L’état de la peau, ensuite, que la même fiche résume ainsi : « les personnes à peau sensible et peau atopique sont plus sensibles à l’irritation cutanée ». Un pull porté sur une peau sèche, dans une pièce surchauffée, gratte donc davantage que le même pull porté sur une chemise.

La laine est-elle allergisante ? Ce que disent les études

La laine n’est pas considérée comme un allergène. La fiche de l’IWTO s’appuie sur une revue menée par un groupe d’allergologues, d’immunologues et de dermatologues, qui a examiné un siècle de publications médicales sans trouver de preuve que la laine soit allergisante (revue publiée dans Acta Dermato-Venereologica, citée par la fiche). Quand un tissu irrite la peau, concluent ces auteurs d’après la fiche, la cause tient aux extrémités de fibres grossières qui dépassent du tissu, pas à la fibre utilisée.

Un essai clinique donne une idée de ce que change la finesse de la fibre. L’étude DESSINE, publiée dans le British Journal of Dermatology et résumée sur Europe PMC, a suivi 39 enfants de 4 semaines à 3 ans atteints de dermatite atopique légère à modérée : six semaines habillés en mérinos superfin, six semaines en coton choisi par les parents, dans un ordre tiré au sort. Avec la laine superfine, le score de sévérité de l’eczéma (SCORAD) baissait de 7,6 points à six semaines par rapport au coton, et le retour au coton faisait remonter les scores (résumé de l’étude). Les auteurs concluent avec prudence : « Superfine merino wool may assist in the management of childhood AD. »

L’étude DESSINE ne montre pas qu’un pull de Noël en laine ordinaire conviendrait à une peau atopique. L’essai porte sur du mérinos superfin porté à même la peau, sur un petit effectif, et il a été financé par Australian Wool Innovation, un organisme de la filière laine (notice Europe PMC, données de financement). La leçon utile pour un acheteur est plus étroite, et elle est solide : c’est le diamètre de la fibre qui compte, et les études citées par l’IWTO portent sur des fibres de 17,5 microns de diamètre moyen au plus.

Démangeaison, irritation ou allergie : reconnaître la cause

Trois situations se ressemblent au premier contact et se distinguent surtout par leur chronologie. Le tableau suivant les résume : la première ligne découle du mécanisme décrit par l’IWTO, les deux autres s’appuient sur l’Assurance Maladie et les Hospices civils de Lyon :

SituationQuand elle commenceCe qu’on voit ou ressentAprès avoir retiré le pull
Picotement mécaniqueDès que le pull est enfiléPicotements, envie de se gratter, peau d’aspect normalLa gêne s’arrête avec le contact
Dermatite d’irritationPeu de temps après le contact (Assurance Maladie)Plutôt des sensations de brûlure (Assurance Maladie)Disparaît en limitant le contact et en hydratant la peau (CHU de Lyon)
Eczéma de contact allergique24 à 48 heures après le contact, chez une personne déjà sensibilisée (Assurance Maladie)Plaques rouges et sèches à bords irréguliers, vésicules, fortes démangeaisons (Assurance Maladie)Guérison en 10 à 15 jours une fois l’allergène écarté, retour à chaque nouveau contact (CHU de Lyon)

Le critère le plus simple est donc le temps. Si la gêne apparaît dès que vous enfilez le pull et cesse quand vous l’enlevez, alors la cause est très probablement mécanique, et elle se règle par une couche de tissu ou une fibre plus fine. Si des plaques rouges apparaissent un ou deux jours après l’avoir porté, à l’endroit où le tricot touchait la peau, alors il faut penser à une allergie de contact, qui relève d’un médecin.

L’Assurance Maladie précise, sur sa page consacrée à la manière de reconnaître un eczéma de contact, que les lésions « apparaissent d’abord au niveau de la peau entrée en contact avec l’allergène » avant de pouvoir s’étendre, et elle cite nommément les vêtements parmi les sources d’allergènes : « Les vêtements (teintures), les chaussures (cuir, colle, caoutchouc...) et les accessoires en nickel (bijoux fantaisie, boutons de pantalon, boucle de ceinture...) sont en cause. » Parmi les eczémas de contact, la forme irritative reste toutefois de loin la plus fréquente, puisque, selon les Hospices civils de Lyon, elle « représente 90 % des cas ».

Que faire d’un pull qui gratte déjà

Un pull qui gratte pour une raison mécanique se garde, à condition d’empêcher les fibres de toucher la peau. Les solutions, de la plus simple à la plus contraignante :

  • Une couche de coton dessous. Un tee-shirt ou un sous-pull à manches longues en coton ou en jersey tient les extrémités de fibres à distance de la peau. C’est aussi la matière que les Hospices civils de Lyon indiquent pour recouvrir les soins appliqués sur la peau dans les eczémas de contact sévères.
  • Le cou et les poignets protégés. Un col roulé fin ou un foulard en coton sous l’encolure, des manches de sous-pull qui dépassent légèrement : ce sont les endroits où le tricot touche directement la peau.
  • Un rinçage soigné. Si la gêne est apparue juste après un lavage, la lessive ou un adoucissant parfumé font partie des suspects. Dans une étude de l’Anses sur les allergies aux vêtements, les analyses ont conclu, pour cinq patients, à une contamination de l’article par des substances extérieures, comme un parfum, de la peinture ou une lessive. La méthode pour laver un pull de Noël sans le déformer ni le feutrer limite ce risque.
  • Une peau hydratée. Les Hospices civils de Lyon recommandent, pour prévenir l’irritation, les crèmes hydratantes, les produits lavants doux et une toilette à l’eau tiède plutôt que très chaude.

Les astuces qui circulent pour attendrir un pull qui gratte (après-shampoing dans l’eau de rinçage, passage au congélateur, vinaigre) ne reposent sur aucune étude que j’aie pu trouver. Elles peuvent modifier le toucher de surface ; elles ne changent pas le diamètre des fibres, qui est la cause des picotements selon la fiche de l’IWTO. Si le pull gratte encore avec une couche de coton dessous, sa fibre est trop grossière pour votre peau, et aucune recette ne la rendra plus fine.

Teintures et substances chimiques : l’autre cause, plus rare

Quand un vêtement déclenche une vraie allergie, on cherche du côté des substances qu’il contient plutôt que de la fibre elle-même. L’Anses a mené une étude biomédicale auprès de 50 patients souffrant d’une allergie cutanée attribuée à un vêtement ou à des chaussures achetés neufs, avec l’analyse de 60 articles dont 30 vêtements (bulletin Vigil’Anses sur les allergies cutanées dues aux vêtements et aux chaussures). Pour 15 patients, la substance responsable a été identifiée avec certitude, et parmi ces substances figurent des colorants de fibres textiles synthétiques, le CI Disperse Red 17 et le CI Disperse Blue 106.

L’acheteur ne peut pas le vérifier en magasin, et l’Anses l’écrit sans détour : « la réglementation concernant les vêtements et articles chaussants n’oblige pas les fabricants ou distributeurs à lister les substances chimiques présentes dans les articles qu’ils vendent. » L’étiquette de composition indique les fibres et leurs pourcentages, pas les colorants. L’agence a proposé, avec la Suède, de restreindre au niveau européen plus d’un millier de substances sensibilisantes dans les textiles et les chaussures, y compris les colorants dits dispersés, souvent en cause selon cette étude (même bulletin).

Deux conséquences pratiques en découlent. Un label qui porte sur les substances nocives apporte une information que l’étiquette de composition ne donne pas, et ce que contrôlent réellement Oeko-Tex, GOTS et les labels de laine se vérifie avant l’achat. Si une allergie à un colorant est confirmée par un dermatologue, la conduite rapportée par l’Anses pour les patients de l’étude consiste à ne plus acheter ni porter de vêtements de matières ou de coloris similaires.

Choisir un pull de Noël qui ne gratte pas

La finesse d’une fibre ne figure pas sur l’étiquette de composition, qui se limite aux fibres et à leurs pourcentages. Il faut donc la déduire d’autres indices, en sachant qu’aucun n’est une garantie :

Indice sur la fiche ou l’étiquetteCe qu’il laisse espérerSa limite
Mérinos superfin, avec un diamètre annoncéDes fibres fines, qui plient au lieu de piquer (études citées par l’IWTO)Mérinos seul ne veut pas dire superfin : sans chiffre, rien ne permet de juger
Coton majoritairePas de fibres raides de laine au contact de la peauUne allergie aux teintures reste possible quelle que soit la fibre (Assurance Maladie)
Acrylique ou polyesterUn toucher variable selon la finesse du filDes fibres grossières piquent autant que la laine (IWTO) ; des colorants dispersés figurent parmi les allergènes identifiés (Anses)
Doublure en coton au col et aux poignetsUne protection aux endroits de contact directLe reste du buste reste au contact du tricot

Aucun indice de fiche produit ne renseigne sur votre peau, qui pèse pourtant autant que la fibre. Une personne à peau sèche ou atopique supportera moins bien un tricot que son voisin, et le repère le plus fiable reste un pull que vous portez déjà sans gêne, dont vous pouvez comparer la composition avec celle du modèle convoité. Pour aller plus loin sur les fibres elles-mêmes, les écarts de chaleur, de poids et de toucher sont détaillés dans le guide des matières d’un pull de Noël, de la laine à l’acrylique.

Quand un pull qui gratte justifie une consultation

Une gêne qui disparaît quand on enlève le pull ne demande pas de médecin. En revanche, des plaques rouges, de petites vésicules qui suintent ou des démangeaisons qui persistent plusieurs jours après avoir retiré le vêtement évoquent un eczéma de contact (Assurance Maladie), et seul un médecin, souvent à l’aide de tests cutanés, peut identifier la substance en cause. Les Hospices civils de Lyon rappellent que l’éviction de l’allergène est la condition de la guérison, et que sans identification l’eczéma tend à devenir chronique.

Pour un enfant atteint de dermatite atopique, la question se pose autrement. Il ne s’agit pas forcément de bannir la laine, puisque l’essai DESSINE a observé un effet favorable du mérinos superfin, mais de choisir une fibre fine, de garder une couche de coton en cas de doute et d’en parler avec le médecin qui suit l’eczéma. La taille compte aussi, parce qu’un pull trop ajusté frotte davantage : les repères pour choisir la taille d’un pull de Noël pour un enfant ou un bébé évitent d’acheter trop juste.

Les questions qui reviennent

Pourquoi un pull en acrylique gratte-t-il autant qu’un pull en laine ?
Parce que la démangeaison dépend de l’épaisseur des fibres, pas de leur nature. La fiche Wool & Skin de l’IWTO explique que les extrémités de fibres grossières appuient sur la peau et déclenchent des récepteurs nerveux, et qu’une fibre synthétique grossière irrite aussi facilement qu’une fibre naturelle. Un acrylique fin peut donc être doux, et un acrylique épais piquer autant qu’une grosse laine.
Peut-on être allergique à un pull de Noël ?
Oui, mais à une substance qu’il contient plutôt qu’à sa fibre : la laine n’est pas considérée comme un allergène, selon la revue citée par l’IWTO. L’Assurance Maladie cite les teintures des vêtements parmi les causes d’eczéma de contact, et une étude de l’Anses a identifié des colorants de fibres synthétiques chez des patients allergiques. Les signes apparaissent 24 à 48 heures après le contact : plaques rouges, vésicules, fortes démangeaisons. Dans ce cas, consultez un médecin plutôt que de chercher une astuce de lavage.
Un enfant qui a de l’eczéma peut-il porter un pull en laine ?
Pas n’importe laquelle. L’essai DESSINE, publié dans le British Journal of Dermatology, a observé une baisse des scores d’eczéma chez de jeunes enfants habillés en mérinos superfin plutôt qu’en coton, sur un petit effectif et avec un financement de la filière laine. Une laine épaisse ordinaire n’est pas concernée. Le plus prudent reste une fibre fine, une couche de coton dessous en cas de doute, et l’avis du médecin qui suit l’eczéma.
Un pull qui gratte s’adoucit-il avec le temps ou au lavage ?
Aucune étude que j’aie trouvée ne montre qu’un lavage réduise le diamètre des fibres, qui est la cause des picotements selon l’IWTO. Un lavage adapté peut assouplir le toucher de surface et retirer des résidus, mais il ne rend pas fines des fibres grossières. La couche de coton dessous reste la solution la plus fiable.

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