Jacquard, Fair Isle, intarsia : les motifs du pull de Noël

Jacquard, Fair Isle, intarsia, imprimé : comment chaque motif de pull de Noël est construit, ce que montre l’envers, et ce que pompons, clochettes et reliefs supportent au lavage.

Par Hélène Castaing9 min de lecture

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Pulls de Noël rouges et blancs en jacquard : rennes, sapins, zigzags et frises nordiques
Photographie de Eugene Golovesov, Pexels, Licence Pexels.

Un motif de pull de Noël tricoté relève de l’une de trois techniques, le jacquard, le Fair Isle ou l’intarsia, et l’envers du pull suffit presque toujours à les distinguer. Un motif peut aussi être imprimé, brodé ou rapporté après le tricot, ce qui change à la fois son aspect, son poids et ce qu’il supporte au lavage. Voici ce qui sépare ces cinq façons de faire :

TechniqueComment la couleur changeCe que montre l’enversMotifs typiques
JacquardPlusieurs couleurs sur un même rang ; le fil inutilisé passe derrièreDes fils flottants, ou une seconde face tricotée en petits points de couleurFrises de flocons, sapins alignés, étoiles, lettres
Fair IsleDeux couleurs au plus par rang, dans la tradition de l’îleDes fils flottants sur toute la hauteur du motifBandes de motifs géométriques
IntarsiaChaque plage de couleur a son propre filAucun fil flottant ; des jonctions croisées entre les plagesUn grand motif isolé : une tête de renne, un sapin
ImpriméCouleur déposée sur une maille unieUn envers uniTout dessin, y compris les dégradés
Broderie, applicationsAjoutées après le tricotDes points de fixation, l’envers d’un écussonReliefs, paillettes, pompons, nez de renne

Le vocabulaire des fiches produit ne suit pas toujours les définitions du jacquard, du Fair Isle et de l’intarsia. « Jacquard » y désigne parfois n’importe quel motif, même imprimé, et « Fair Isle » un style graphique plutôt qu’une construction. Seul l’envers tranche.

Le jacquard, d’un métier à tisser au pull à motifs

Le mot vient d’un inventeur lyonnais et d’un métier à tisser, pas du tricot. La notice du musée des Arts et Métiers sur la maquette du métier original de Jacquard en donne l’acte de naissance : « Le 23 décembre 1801, Joseph Marie Jacquard prend un brevet pour une machine destinée à suppléer le tireur de lacs (c’est-à-dire de cordes) dans la fabrication des étoffes brochées et façonnées. » Perfectionnée tout au long du XIXe siècle, la mécanique connut un très vif succès, malgré l’hostilité des canuts qui craignaient pour leur emploi, précise le musée.

Le tricot a repris le mot, par extension, pour désigner une maille à dessins de plusieurs couleurs, et la terminologie professionnelle l’a adopté. Le Grand dictionnaire terminologique définit ainsi le jacquard relief, variante où le dessin ressort en épaisseur : « Contexture d'un tricot jacquard laissant apparaître sur la face endroit des dessins dont la densité des mailles est plus importante que sur la face envers. » Sur un pull, un jacquard relief se reconnaît donc à des motifs légèrement bombés au toucher, plus denses que le fond.

Dans un jacquard, chaque rang peut porter plusieurs couleurs. Le fil qui ne sert pas passe derrière le travail et y forme des fils flottants, ou bien il est tricoté dans une seconde face qui double l’envers, en petits points de couleur. Les motifs de Noël répétitifs, frises de flocons, sapins alignés, étoiles ou lettres, se prêtent naturellement à cette technique, qui convient aux métiers industriels.

Fair Isle : une île des Shetland, deux couleurs par rang

Fair Isle est une petite île de l’archipel écossais des Shetland, qui a donné son nom à une manière de tricoter. La fiche que Heritage Crafts consacre au tricot de Fair Isle, inscrit sur la liste rouge des savoir-faire en danger tenue par cette association britannique, en résume la règle : une laine pure des Shetland, jamais plus de deux couleurs dans un même rang, et des motifs géométriques de tailles variées. Un tricot de couleurs variées y est attesté dès les années 1690, et les plus anciens exemples qu’on reconnaîtrait aujourd’hui comme du Fair Isle, conservés au National Museum of Scotland, datent du milieu du XIXe siècle.

Deux épisodes ont fait sa réputation, toujours selon Heritage Crafts. L’expédition antarctique nationale écossaise de 1902-1904 commanda aux tricoteuses de l’île une centaine de pulls, avec des bas, des gants et des cagoules. Dans les années 1920, le prince de Galles porta au golf un pull de style Fair Isle, en réalité tricoté aux Shetland, et déclencha un engouement qui fit produire ce style bien au-delà de l’archipel.

Le nom a depuis largement dépassé l’île. Heritage Crafts le constate : « The term ‘Fair Isle’, or ‘Fair Isle knitting’, is nowadays commonly used to refer to the technique of knitting using two colours per row, rather than directly attributing other patterned knitwear to Fair Isle itself. » Un pull de Noël dit « Fair Isle » désigne donc une technique et un style, pas une provenance ; pour l’association, un Fair Isle authentique est tricoté par un habitant de l’île, à la main ou à la machine.

La règle des deux couleurs a une conséquence visible à l’envers : un seul fil court derrière la couleur active, et sa longueur dépend de la largeur de l’aplat qu’il traverse. Un motif fin et serré donne des flottés courts, un grand aplat des flottés longs, plus faciles à accrocher.

Intarsia : un fil par plage de couleur, aucun fil flottant

L’intarsia répond au problème des grands motifs. Le Grand dictionnaire terminologique en donne, dans sa fiche « tricot intarsia », une définition en anglais : « Each area of colour is knitted from a separate yarn, which is contained entirely within that area. » Chaque plage de couleur a donc son propre fil, qui ne traverse jamais le reste du rang : l’envers ne porte aucun fil flottant, et le tricot garde l’épaisseur d’une maille simple.

C’est la technique des grands sujets isolés, une tête de renne qui occupe tout le devant, un Père Noël, un sapin unique. À l’envers, on voit des plages unies et, à chaque changement de couleur, une jonction où les deux fils se croisent pour que le tricot ne s’ouvre pas. Ces jonctions sont les endroits à surveiller : un fil mal croisé laisse un petit jour entre deux couleurs.

Imprimé, brodé, rapporté : les motifs qui ne sont pas tricotés

Un motif peut aussi être ajouté après le tricot, de trois façons. Un motif imprimé est déposé sur une maille unie : il permet des dessins détaillés, des dégradés, des visages, mais l’envers reste uni et le motif ne change pas l’épaisseur du pull. Une broderie est cousue sur l’endroit, point par point, et son envers montre les fils qui la fixent. Une application, enfin, est une pièce rapportée, écusson, nez en pompon, bois de renne en peluche, paillettes ou clochettes, cousue ou collée sur le tricot.

Ce sont ces pièces rapportées qui donnent à un pull son relief dit « 3D ». Elles ne se jugent pas comme une maille : leur solidité tient à la couture ou à la colle qui les retient, et leur entretien à ce que chacune supporte, pas à la fibre du pull.

Reconnaître la technique d’un motif en regardant l’envers

L’envers d’un pull dit comment son motif a été fait. Si l’envers montre des fils tendus à l’horizontale derrière le dessin, alors il s’agit d’un jacquard à fils flottants ou d’un Fair Isle ; si les couleurs y forment une seconde face de petits points serrés, d’un jacquard doublé ; s’il présente des plages unies séparées par des jonctions nettes, d’un intarsia ; s’il est entièrement uni alors que l’endroit est dessiné, d’un imprimé.

En ligne, l’envers n’est pas toujours photographié. Le service client peut en envoyer une photo, et le délai de rétractation d’un achat à distance vous laisse le temps de vérifier à réception. Les autres signes d’un pull bien fait, régularité des flottés, raccord des motifs aux coutures, finitions, sont réunis dans notre guide pour reconnaître un pull de qualité.

Chaleur, poids, accrocs : ce que chaque technique change au quotidien

Un jacquard à fils flottants ou un Fair Isle est plus épais là où se trouve le motif. Les flottés forment une seconde couche de fil derrière la maille, qui emprisonne de l’air : le pull est plus chaud à cet endroit, et un peu plus lourd. Je n’ai trouvé aucune mesure publiée de cet écart ; il se déduit de la construction, et chacun peut le sentir en pinçant le tricot.

La contrepartie des flottés, ce sont les accrocs. Une bague, un bracelet de montre ou un ongle passés dans la manche peuvent tirer un fil flottant et déformer le motif. Quand cela arrive, ne coupez jamais la boucle qui dépasse : répartissez l’excédent de fil de proche en proche, maille après maille, avec une aiguille à laine, jusqu’à ce que le motif retrouve sa tension. Si une maille a cédé, la méthode pour repriser un trou dans un pull s’applique aussi à un pull à motifs.

Un intarsia pèse moins et n’offre aucun flotté à l’envers ; ses points sensibles sont les jonctions entre couleurs, à vérifier après les premiers lavages. Un imprimé ne change ni le poids ni la chaleur du pull, mais son dessin, posé en surface, peut s’estomper avec les frottements.

Reliefs et applications (pompons, 3D, clochettes) : ce qu’ils supportent au lavage

Un pompon, un nez de renne en relief, des clochettes ou des paillettes changent les règles d’entretien, et l’étiquette prime sur toute habitude. GINETEX, l’association internationale qui gère les symboles d’étiquetage d’entretien, le rappelle à propos du repassage dans sa présentation des symboles d’entretien de la norme ISO 3758 : « La prudence est donc de mise lorsque les tissus comprennent des effets ou des applications en relief (vérifiez sur l'étiquette d'entretien). » La même page recommande, quand c’est nécessaire, de repasser les pièces brillantes ou sensibles à la pression à l’envers ou sous un chiffon de presse.

Au lavage, l’enjeu est de limiter les chocs et les frottements. Retournez le pull, glissez-le dans un filet de lavage, et choisissez le cycle le plus doux qu’autorise l’étiquette ; chez GINETEX, la cuve soulignée d’une double barre désigne un cycle très doux, par exemple pour les lainages. Le détail des programmes et du séchage à plat se trouve dans notre méthode pour laver un pull de Noël. Élément par élément, les précautions se résument ainsi :

ÉlémentAu lavageAu repassageD’après
Paillettes, pièces brillantesPull retourné, dans un filetÀ l’envers ou sous un chiffon de presseGINETEX pour le repassage ; précaution générale pour le lavage
Motif en relief tricoté (jacquard relief)Cycle très doux si l’étiquette le permetSuivre l’étiquette, sans écraser le reliefGINETEX (cycle très doux, prudence au repassage)
Pompons en laineFilet, cycle très doux ou lavage à la mainJamais sur le pomponPrécaution générale, sans source dédiée
Clochettes, grelots, brochesÀ retirer avant lavage quand ils se détachentSans objetPrécaution générale, sans source dédiée
Écussons et pièces colléesCycle doux, pull retournéSuivre l’étiquette : la chaleur peut les décollerPrécaution générale, sans source dédiée

Sur un pull d’enfant, la tenue des petits éléments est aussi une question de sécurité. La page de la Fédération de la Maille, de la Lingerie & du Balnéaire sur la sécurité des vêtements pour enfant range parmi les questions que traite la profession celle-ci : « Quelles exigences poser pour éviter l’arrachage de mes boutons et des petits éléments ? » Elle cite aussi la norme EN 14682, qui encadre les cordons des vêtements d’enfant. Après chaque lavage, tirez doucement sur chaque pompon, bouton, grelot ou œil brodé : un élément qui bouge se recoud ou se retire avant que l’enfant ne porte le pull.

Les questions qui reviennent

Quelle différence entre un pull jacquard et un pull Fair Isle ?
Les deux font passer derrière le travail le fil qui ne sert pas, mais le Fair Isle se limite à deux couleurs par rang, avec des motifs géométriques, selon la tradition de l’île écossaise décrite par l’association Heritage Crafts. Le jacquard peut employer davantage de couleurs par rang et reproduire n’importe quel dessin répété. Sur une fiche produit, « Fair Isle » désigne le plus souvent une technique et un style, pas une provenance.
Pourquoi l’envers de mon pull de Noël est-il couvert de fils ?
Ce sont des fils flottants : dans un jacquard ou un Fair Isle, la couleur qui ne sert pas passe derrière le travail jusqu’à son prochain point. Ils sont normaux et rendent le pull plus épais, donc plus chaud, à l’endroit du motif. Des flottés longs s’accrochent facilement : retirez bagues et bracelets pour enfiler le pull, et ne coupez jamais une boucle tirée.
Comment laver un pull de Noël à pompons ou à motifs en relief ?
Suivez d’abord l’étiquette d’entretien : GINETEX recommande la prudence pour les tissus à effets ou à applications en relief. Retournez le pull, placez-le dans un filet, choisissez le cycle le plus doux autorisé ou le lavage à la main, et retirez ce qui se détache, clochettes ou broches. Séchez à plat, puis vérifiez que chaque pompon et chaque élément cousu tient encore.
Un motif en intarsia est-il de meilleure qualité qu’un jacquard ?
Aucune des deux techniques n’est supérieure par principe : elles répondent à des motifs différents. L’intarsia convient aux grands sujets isolés et ne laisse aucun fil flottant à l’envers ; le jacquard convient aux motifs répétés et donne une maille plus épaisse là où se trouve le dessin. La qualité se juge à la régularité des jonctions, des flottés et des finitions.

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