Bouloches : les enlever d’un pull et les éviter ensuite
Main, peigne ou rasoir selon leur nombre, lavage à l’envers et sans assouplissant : comment enlever et prévenir les bouloches, et pourquoi celles de la laine tombent quand celles du polyester restent.
Pour enlever les bouloches d’un pull, choisissez l’outil selon leur nombre : la main s’il y en a peu, un peigne passé très doucement si elles sont plus nombreuses, un rasoir anti-bouloches à piles sur une grande surface. C’est le classement que propose la fiche de The Woolmark Company sur le boulochage de la laine, qui donne aussi trois règles pour les éviter : laver le pull à l’envers, renoncer à l’assouplissant, limiter les frottements quand vous le portez. Une différence de fibre change pourtant la donne : une bouloche de laine finit par tomber d’elle-même, une bouloche de polyester reste accrochée.
D’où viennent les bouloches : un frottement, puis un nœud de fibres
Une bouloche est une petite boule de fibres emmêlées, formée à la surface d’une maille par le frottement. Le brevet américain US 4 270 913, consacré aux étoffes de polyester qui résistent au boulochage, décrit le phénomène en deux temps : des fibres remontent peu à peu à la surface et forment un léger duvet, puis ce duvet s’enroule, s’emmêle et se feutre en nodules. Tant que ces fibres restent prises dans le fil par une extrémité, la bouloche reste attachée au pull. Tirer dessus revient donc à arracher des fibres encore ancrées dans la maille, et à creuser le tricot à cet endroit.
La laine ajoute une cause qui lui est propre. Sa fibre est couverte d’écailles et glisse plus facilement dans un sens que dans l’autre, si bien qu’au porter comme au lavage les fibres migrent et s’enchevêtrent, expliquent les auteurs d’une étude sur le boulochage des tricots de laine parue dans la revue RSC Advances et lisible en texte intégral sur Europe PMC. Leur formule est précise : « It induces the directional friction effect (DFE), promoting inter-fiber entanglement and subsequent pilling, which detrimentally impacts the aesthetic and wearing performance of wool knitted fabrics. » Une part du boulochage de la laine tient donc à la fibre elle-même, et aucun entretien ne la fait disparaître tout à fait.
Coudes, aisselles, flancs : là où un pull bouloche en premier
Les bouloches apparaissent d’abord là où le pull frotte contre lui-même. La fiche d’entretien de Woolmark les situe ainsi : « Pilling is caused by rubbing during wear and, although it can occur in any parts of the sweater, the most common areas are around the elbows, armpits, sleeves, belly and the sides of the sweater ». Elle en donne la raison : à ces endroits, les manches frottent sans cesse contre le corps du pull pendant qu’on le porte. Un pull de Noël porté une soirée entière à table, les bras le long du corps et les coudes posés, travaille exactement sur ces zones.
Ce repérage aide à agir tôt. Un sac porté en bandoulière ajoute une zone d’usure sur l’épaule et sur la hanche, là où la sangle et le sac frottent ; une ceinture de sécurité en ajoute une autre, en diagonale sur la poitrine. Un coup d’œil à ces endroits après chaque port permet de retirer les premières bouloches à la main, quand elles sont encore rares et petites, avant qu’elles n’accrochent les fibres voisines.
Enlever les bouloches d’un pull : la main, le peigne, le rasoir
La fiche de Woolmark classe les méthodes de retrait selon la quantité de bouloches, et ce classement se résume ainsi :
| Méthode | Quand l’employer | Ce qu’en dit la fiche de Woolmark |
|---|---|---|
| À la main | Quelques bouloches seulement | Facile, à répéter régulièrement après le séchage ou juste avant le repassage |
| Au peigne | Des bouloches plus nombreuses | Possible, à condition de procéder très doucement et avec soin |
| Rasoir anti-bouloches à piles | Une surface étendue | Appareil peu coûteux et très efficace, qui rend au vêtement un aspect proche du neuf |
Le rasoir à bouloches coupe tout ce qui dépasse de la surface, sans distinguer une bouloche d’une fibre encore attachée au fil. Sur une maille lâche, sur un fil très duveteux comme le mohair ou sur un motif en relief, il peut entamer le tricot lui-même, un risque que la fiche ne mentionne pas mais que le fonctionnement de l’appareil rend prévisible. Si votre pull entre dans l’un de ces cas, alors commencez par la main et le peigne, et réservez le rasoir aux zones plates et serrées.
Le moment du retrait compte aussi. Pour la méthode à la main, la fiche précise : « This should be done routinely after drying, or just prior to ironing. » Un pull sec, posé à plat, montre nettement ses bouloches ; un pull humide les plaque contre la maille et les rend difficiles à saisir. Avec un rasoir anti-bouloches, procédez dans cet ordre :
- Posez le pull sec à plat sur une table, l’endroit visible, sans pli.
- Tendez légèrement la zone à traiter d’une main, sans étirer la maille.
- Passez l’appareil à plat, par petits cercles et sans appuyer, en commençant par les coudes et les flancs.
- Videz le réservoir dès qu’il se remplit, puis secouez ou brossez le pull pour retirer les résidus.
Laine ou synthétique : pourquoi certaines bouloches tombent et d’autres restent
Une bouloche de laine ne dure pas. Le brevet US 4 270 913 l’écrit en toutes lettres : « With wool or cellulosic fibers, these nodules are soon rubbed off during use because of the comparatively low strength of these fibers. » La laine, comme le coton ou la viscose, qui sont des fibres cellulosiques, casse assez facilement pour que la bouloche finisse par se détacher au fil des ports.
Les fibres synthétiques coupées se comportent à l’inverse. Le même texte explique que la solidité du polyester, précieuse pour la durée de vie du vêtement, empêche la bouloche de s’arracher : elle reste accrochée, et le vêtement prend vite un air usé. Deux remarques du brevet complètent le tableau : un tissu fait uniquement de polyester en fibres coupées bouloche davantage qu’un mélange de ces fibres avec des fibres naturelles ou artificielles, et un tissu en filament continu ne bouloche pas, faute d’extrémités de fibres qui puissent dépasser :
| Fibre ou construction | Comportement des bouloches | D’après |
|---|---|---|
| Laine | Se forment facilement (écailles de la fibre), puis tombent au fil des ports | Étude parue dans RSC Advances ; brevet US 4 270 913 |
| Coton, viscose | Tombent au fil des ports | Brevet US 4 270 913 |
| Polyester en fibres coupées, seul | Se forment et restent accrochées | Brevet US 4 270 913 |
| Polyester mélangé à des fibres naturelles ou artificielles | Moins de bouloches que le polyester seul | Brevet US 4 270 913 |
| Filament continu | Pas de bouloches | Brevet US 4 270 913 |
L’acrylique n’apparaît pas dans ce texte, qui ne traite que du polyester, et je n’ai pas trouvé de source primaire qui décrive son comportement de la même façon. Un pull dont l’étiquette indique de l’acrylique mérite donc la prudence qu’on réserve aux synthétiques : retirez ses bouloches tôt, car rien ne garantit qu’elles partiront seules. Les propriétés de chaque fibre sont comparées dans notre guide des matières d’un pull de Noël, laine, acrylique et coton.
Éviter les bouloches : lavage, assouplissant, frottements
Les trois consignes de prévention de Woolmark visent toutes le frottement. Retourner le pull avant le lavage protège l’endroit, la face qu’on voit, du contact avec le tambour et avec le reste du linge. Limiter l’abrasion au porter, c’est éviter ce qui frotte en continu : la sangle d’un sac, un accoudoir, le dossier d’une chaise de bureau. Quant à l’assouplissant, la fiche le déconseille pour la laine sans en donner la raison ; je n’en ai pas trouvé d’explication dans une source primaire, et la consigne suffit à elle seule.
Le programme de lavage agit dans le même sens. Un cycle laine ou délicat, un tambour peu chargé et un essorage doux réduisent l’action mécanique que subit la maille, donc le nombre de fibres qui remontent en surface à chaque passage. Le choix du programme, de la température et du séchage à plat est détaillé dans notre méthode pour laver un pull de Noël sans le déformer.
Un pull qui boulochera moins : ce qui se décide à la fabrication
Une bonne part du boulochage se joue avant l’achat, dans la fabrication du fil et du tricot. Le brevet US 4 270 913 dresse la liste des précautions qu’un fabricant peut prendre, dont celles-ci : « employing a high twist in the yarn (or in doubling); employing doubled yarns instead of single yarns; weaving with short floats; and using a tight weave or close loops. » Il y ajoute l’emploi de fibres longues. Pour un acheteur, cela se traduit par quatre signes : un fil fortement tordu, un fil retors (deux brins tordus ensemble) plutôt qu’un fil simple, des fils flottants courts derrière les motifs (le brevet parle de tissu, mais le principe vaut pour les flottés d’un tricot), une maille serrée.
Ces caractéristiques ne figurent pas toujours sur une fiche produit, mais plusieurs se voient sur une photo nette ou à réception : une maille régulière aux contours bien dessinés plutôt qu’une surface floue et duveteuse, un envers de motif sans longues boucles de fil. La lecture complète de ces indices, de la jauge aux finitions, se trouve dans notre guide pour reconnaître un pull bien fait.
Il existe enfin une mesure de laboratoire. Le centre technique belge Centexbel décrit l’essai Martindale de boulochage selon la norme ISO 12945-2 : des éprouvettes du tricot sont frottées contre un abrasif normalisé, selon un mouvement de Lissajous qui imite l’usure naturelle, sous une pression courante de 9 kPa pour l’habillement et pendant un nombre de cycles fixé à l’avance (de 125 jusqu’à 7 200). Elles sont ensuite comparées à des photographies de référence et notées de 1 (boulochage sévère) à 5 (aucun changement). Rien n’oblige une marque à publier cette note ; si elle a fait faire l’essai, rien ne vous empêche de la lui demander avant d’acheter.
Les traitements anti-boulochage de la laine et leurs contreparties
Une laine peut être traitée pour moins boulocher. Les auteurs de l’étude parue dans RSC Advances recensent les méthodes courantes, qui s’attaquent toutes aux écailles de la fibre : chloration suivie d’une résine (procédé dit chlore-Hercosett), oxydation, réduction, plasma, enzymes. Ils en décrivent aussi les limites : la chloration produit des composés organohalogénés adsorbables (AOX), à risque pour l’environnement et la santé ; les enzymes employées seules ont une efficacité limitée ; la plupart de ces procédés peuvent affaiblir la fibre. Une autre voie, le dépôt d’un film à la surface de la fibre, réduit le frottement mais dégrade le toucher et le confort, toujours selon ces auteurs.
Pour vous, la conséquence est surtout une question d’information. L’étiquette de composition indique les fibres, pas les traitements qu’elles ont subis : une laine qui bouloche peu n’est pas forcément une laine brute. Si ce point compte pour vous, alors les labels textiles, qui encadrent les substances employées et, pour certains, toute la filière de transformation, renseignent mieux qu’une promesse de douceur ; ils sont expliqués dans notre guide pour lire l’étiquette et les labels d’un pull.